Au cœur de l’appareil d’État, une réalité surprenante et méconnue se dessine : certains de ses membres, y compris au plus haut niveau, sont des utilisateurs réguliers de la cigarette électronique. Cette pratique personnelle, souvent tenue secrète, entre en collision directe avec la ligne politique dure adoptée par le gouvernement. Alors qu’un projet de loi de finances aux conséquences potentiellement dévastatrices pour la filière du vapotage est en discussion, l’existence de ces vapoteurs au sein même du pouvoir exécutif soulève des questions sur la cohérence et les motivations réelles des mesures proposées. Le débat public s’enflamme, opposant arguments de santé publique, impératifs économiques et libertés individuelles, dans un contexte de crise politique majeure pour ce secteur en pleine expansion.
Vapoteurs surprise : qui sont-ils au gouvernement ?
Une discrétion de rigueur
Dans les couloirs des ministères et les antichambres du pouvoir, la cigarette électronique est devenue un accessoire discret pour certains hauts fonctionnaires et membres de cabinets. Ces personnalités, soumises à une pression intense et à des journées de travail interminables, ont trouvé dans le vapotage une alternative au tabac fumé. Cependant, cette pratique reste confinée à la sphère privée. L’afficher publiquement serait politiquement risqué, tant le sujet est devenu sensible. Il existe un paradoxe saisissant entre l’usage personnel de ce qui est perçu comme un outil de réduction des risques et la position officielle qui tend à assimiler la vape au tabagisme traditionnel.
L’influence en coulisses
L’existence de ces vapoteurs au sein de l’exécutif n’est pas sans conséquence sur les débats internes. Ayant une expérience directe du produit, ils sont à même de nuancer les discours alarmistes et de mettre en perspective les arguments purement idéologiques. Leur parole, bien que non officielle, peut peser lors de réunions préparatoires ou de discussions informelles. Ils apportent une compréhension pragmatique du sujet, rappelant que pour des millions de Français, la cigarette électronique a été une porte de sortie du tabac. Leur rôle est celui de modérateurs internes, tentant d’équilibrer la balance face à une ligne politique de plus en plus répressive.
Le paradoxe politique
Le principal dilemme pour ces responsables politiques est la contradiction entre leur conviction intime et la discipline gouvernementale. Défendre ouvertement le vapotage pourrait être interprété comme une faiblesse ou un conflit d’intérêts, les exposant à des critiques virulentes de la part des associations anti-tabac et de l’opposition. Ils sont donc contraints à un silence public, tout en observant avec inquiétude des mesures qu’ils jugent parfois contre-productives. Cette situation met en lumière la complexité du processus décisionnel, où les convictions personnelles sont souvent sacrifiées sur l’autel de la stratégie politique et de l’image publique.
Cette tension interne au sein même du gouvernement trouve un écho direct dans la crise politique qui secoue actuellement le secteur du vapotage, une crise déclenchée par des décisions législatives précises et des revirements stratégiques.
La crise politique du vapotage : un retour sur les événements
La genèse du conflit : le projet de loi de finances
Le point de départ de la crise actuelle remonte à la présentation du projet de loi de finances pour 2026, le 14 octobre 2025. Au sein de ce texte budgétaire, un article a particulièrement attiré l’attention : l’article 23. Celui-ci instaure non seulement une taxation inédite sur les e-liquides, mais prévoit également des restrictions drastiques sur leur commercialisation. L’objectif affiché par le gouvernement est double : dissuader la consommation, notamment chez les jeunes, et générer de nouvelles recettes fiscales. Cette annonce a eu l’effet d’une bombe dans un secteur qui se considérait jusqu’alors comme une partie de la solution au problème du tabagisme.
Un revirement inattendu de la santé publique
Pour justifier ce durcissement, le gouvernement s’appuie en partie sur un changement de doctrine notable du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Cet organisme, qui faisait autrefois figure de référence pour la promotion de la vape comme outil de sevrage, a opéré un virage à 180 degrés. Le contraste entre ses positions passées et actuelles est frappant :
- Position en 2016 : Le HCSP recommandait la cigarette électronique comme une aide efficace pour arrêter ou réduire sa consommation de tabac.
- Position depuis 2022 : Le HCSP déconseille désormais son usage aux fumeurs, semant le trouble et la confusion parmi les professionnels de santé et les usagers.
Ce revirement, initié le 4 janvier 2022, a fourni une caution scientifique à la nouvelle orientation politique, malgré les protestations de nombreux tabacologues et addictologues de terrain.
Les premières batailles parlementaires
Le parcours législatif du projet de loi a été marqué par d’intenses débats, notamment au Sénat. Si la chambre haute a refusé de supprimer purement et simplement l’article 23 et sa taxe, elle a néanmoins adopté plusieurs amendements significatifs. Les sénateurs ont notamment voté pour la suppression de l’agrément obligatoire pour les boutiques spécialisées, une mesure qui menaçait directement leur survie. Ils ont également prolongé la possibilité de vendre en ligne, un canal de distribution vital pour de nombreux consommateurs, en particulier dans les zones rurales. Ces victoires partielles ont montré que la partie n’était pas encore jouée, mais n’ont fait que renforcer la détermination des opposants au projet.
Ces premières escarmouches parlementaires ne sont que le prélude à l’analyse des conséquences concrètes et chiffrées que le projet de loi de finances ferait peser sur les consommateurs et l’ensemble de la filière.
Le projet de loi de finances 2026 et ses implications pour la vape
Une fiscalité à deux vitesses
Le cœur du dispositif gouvernemental est une nouvelle taxe comportementale sur les e-liquides. Celle-ci est conçue pour être progressive en fonction du taux de nicotine, ciblant ainsi plus fortement les produits destinés aux fumeurs les plus dépendants. La structure de cette taxe est la suivante : un prélèvement de 0,03 € par millilitre pour les liquides contenant moins de 15 mg/ml de nicotine, et de 0,05 € par millilitre pour ceux dépassant ce seuil. L’impact sur le prix final est loin d’être négligeable, comme le montre le tableau ci-dessous.
| Produit | Taux de nicotine | Prix actuel moyen | Prix après taxe estimé | Augmentation |
|---|---|---|---|---|
| Flacon 10 ml | 12 mg/ml | 5,90 € | 6,20 € | +5,1 % |
| Flacon 10 ml | 18 mg/ml | 5,90 € | 6,40 € | +8,5 % |
Cette augmentation, si elle est entièrement répercutée sur le consommateur, risque de rendre le vapotage financièrement moins attractif par rapport au tabac, allant à l’encontre de l’objectif de réduction des risques.
La restriction des canaux de distribution
Au-delà de l’aspect fiscal, le projet de loi s’attaque frontalement au modèle de distribution de la vape. Il prévoit d’interdire purement et simplement la vente en ligne des produits du vapotage. Parallèlement, la vente physique serait restreinte aux seuls buralistes et à des établissements agréés par l’administration. Cette mesure menace directement les milliers de boutiques spécialisées qui ont maillé le territoire et qui fondent leur modèle sur le conseil personnalisé et l’expertise. En limitant la vente à des acteurs moins spécialisés, le gouvernement risque de priver les vapoteurs d’un accompagnement essentiel à la réussite de leur sevrage tabagique.
L’impact économique pour la filière
Les implications économiques de ces mesures sont potentiellement catastrophiques pour un secteur majoritairement composé de très petites entreprises (TPE) et de PME françaises. L’interdiction de la vente en ligne et la concurrence déloyale des buralistes pourraient entraîner des milliers de fermetures de magasins et des pertes d’emplois significatives. C’est tout un écosystème, allant des fabricants de liquides aux gérants de boutiques indépendantes, qui se sent menacé. La filière craint une destruction de valeur et d’emplois au profit d’un retour vers le monopole du tabac, un comble pour un produit de santé publique.
Face à cette menace existentielle, il n’est pas surprenant que les acteurs du secteur, habituellement concurrents, aient décidé de mettre de côté leurs différends pour s’organiser et faire entendre leur voix.
Les professionnels de la cigarette électronique unissent leurs voix
La naissance d’un front commun
Devant la gravité des mesures annoncées, l’ensemble de la filière du vapotage a rapidement compris la nécessité de s’unir. Fabricants, distributeurs, gérants de boutiques indépendantes et associations de consommateurs ont formé un front commun pour organiser la riposte. Cette coalition inédite a permis de mutualiser les ressources et de coordonner les actions de lobbying, de communication et de mobilisation. L’objectif est clair : faire prendre conscience aux pouvoirs publics et à l’opinion des conséquences sanitaires et économiques désastreuses du projet de loi.
Des arguments sanitaires et économiques
Le discours des professionnels s’articule autour de plusieurs arguments clés, qu’ils martèlent dans les médias et auprès des parlementaires. Ils s’efforcent de démontrer le décalage entre la politique menée et les réalités de terrain :
- Un outil de santé publique : Ils rappellent que la cigarette électronique est un moyen de réduction des risques 95% moins nocif que le tabac, et qu’elle a permis à des centaines de milliers de Français d’arrêter de fumer.
- Le risque d’un retour au tabac : Ils alertent sur le fait qu’une taxe excessive rendra le vapotage plus cher et poussera inévitablement une partie des vapoteurs à revenir vers la cigarette traditionnelle, beaucoup plus dangereuse mais fiscalement plus compétitive.
- La défense d’un tissu économique : Ils mettent en avant le dynamisme d’une filière française, créatrice d’emplois non délocalisables et d’innovation, qui serait sacrifiée par des mesures inadaptées.
- L’importance du conseil spécialisé : Ils insistent sur le rôle crucial des vape shops dans l’accompagnement des fumeurs, un service que les buralistes ne sont pas formés à fournir.
Le poids des experts indépendants
Pour renforcer leur crédibilité, les professionnels de la vape s’appuient sur les prises de position de nombreux experts de la santé. Des tabacologues, des addictologues et des médecins de renom n’hésitent pas à contredire publiquement la nouvelle ligne du HCSP. Ils défendent le principe de réduction des risques et témoignent de l’efficacité de la vape dans leur pratique quotidienne auprès des patients fumeurs. Ce soutien du monde médical offre une caution scientifique indispensable à leur combat et démontre que le consensus est loin d’être atteint sur la question.
Cette union sacrée de la profession s’explique par la peur d’un avenir de plus en plus incertain, où le scénario d’une interdiction de fait, sinon de droit, devient une possibilité tangible.
Interdiction de la vape : un avenir incertain pour le secteur
Le spectre de la prohibition
Au-delà de la simple taxation, c’est le spectre d’une prohibition rampante qui hante les esprits. Les mesures les plus restrictives du projet de loi, comme l’interdiction de la vente en ligne, sont perçues comme une première étape vers une interdiction plus large, notamment celle des arômes autres que le tabac. Une telle mesure signerait l’arrêt de mort de la quasi-totalité du marché, les saveurs fruitées ou gourmandes représentant l’essentiel des ventes. Pour beaucoup, le gouvernement cherche à rendre le produit si peu attractif et si difficile d’accès qu’il disparaîtrait de lui-même, sans avoir à prononcer une interdiction formelle.
Les conséquences pour les consommateurs
Un tel scénario aurait des conséquences dramatiques pour les millions d’utilisateurs. La première serait une perte de chance pour les fumeurs souhaitant arrêter, privés d’une des alternatives les plus efficaces. Pour les vapoteurs actuels, les risques sont multiples : un retour massif vers le tabac fumé, ou le développement d’un marché noir dangereux et incontrôlé. Les consommateurs pourraient être tentés de fabriquer eux-mêmes leurs liquides sans aucune connaissance des règles sanitaires ou d’acheter des produits d’origine douteuse sur des plateformes illégales, avec tous les risques que cela comporte pour leur santé.
Comparaisons internationales
L’analyse des politiques menées à l’étranger offre des exemples contrastés. Des pays ayant opté pour une interdiction quasi totale ont vu l’émergence immédiate de marchés parallèles florissants et dangereux. À l’inverse, des nations comme le Royaume-Uni, qui ont pleinement intégré la vape dans leur stratégie de lutte contre le tabagisme, affichent des taux de prévalence tabagique historiquement bas. La France semble malheureusement s’orienter vers le premier modèle, ignorant les leçons tirées de ses voisins et les recommandations d’une partie de sa propre communauté scientifique.
Face à cet avenir sombre et aux enjeux considérables, la communauté des vapoteurs et les professionnels du secteur ont décidé de ne pas rester passifs et d’organiser une résistance active et visible.
Mobilisation et résistance : les voix contre la taxe sur les eliquides
L’appel à la manifestation
Face à ce qu’ils qualifient de « projet de loi liberticide », les acteurs de la filière ont lancé un appel à une mobilisation nationale. Une grande manifestation est prévue à Paris le 9 décembre 2025. L’objectif est de rassembler des milliers de vapoteurs, de gérants de boutiques et d’employés du secteur pour exprimer leur opposition massive au projet. Ce rassemblement se veut une démonstration de force, visant à interpeller directement les parlementaires et le gouvernement à quelques jours des votes décisifs. C’est l’ultime recours pour tenter d’infléchir une décision qui semble déjà programmée.
Une campagne numérique virale
En parallèle de l’action de rue, la résistance s’organise massivement sur internet. Un mot d’ordre a émergé et s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux : #NeTuezPasLaVape. Ce hashtag fédère les témoignages d’anciens fumeurs, les pétitions en ligne qui recueillent des centaines de milliers de signatures, et les campagnes d’information destinées au grand public. Les vapoteurs sont encouragés à contacter directement leurs députés pour leur faire part de leur mécontentement. Cette guérilla numérique vise à créer une pression populaire et médiatique suffisamment forte pour faire reculer l’exécutif.
L’échéance du vote final
Toute cette mobilisation est suspendue à un calendrier politique très serré. Le vote final sur l’ensemble du projet de loi est fixé au 15 décembre 2025. Suite à ce vote, une commission mixte paritaire, composée de députés et de sénateurs, se réunira pour tenter de trouver un compromis sur les articles qui divergent entre les deux assemblées. C’est à ce moment que le sort de l’article 23 et de la filière de la vape pourrait définitivement se jouer. La pression exercée jusqu’à cette date sera donc déterminante. Pour les opposants au projet, rien n’est encore perdu, et chaque voix compte pour sauver ce qui est considéré comme une avancée majeure de santé publique.
La situation actuelle révèle une profonde fracture entre la vision politique du gouvernement et la réalité vécue par des millions d’utilisateurs et des milliers de professionnels. Le projet de loi de finances, avec sa taxe et ses restrictions, menace non seulement un secteur économique dynamique, mais aussi un outil plébiscité pour la sortie du tabagisme. Face à cette offensive, la filière s’est unie et mobilisée, portant ses arguments sanitaires et économiques sur la place publique. Les prochaines échéances parlementaires seront décisives et détermineront l’avenir du vapotage en France, un avenir qui oscille aujourd’hui entre une régulation intelligente et une quasi-prohibition aux conséquences imprévisibles.

